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Série files : Gotham (saisons 1-3)

ūüé• S√©rie files : Gotham (saisons 1-3) ūüé• De s√©rie polici√®re lambda au Suicide Squad (r√©ussi et inattendu) du petit √©cran


‚≠ź avec Ben McKenzie, Donal Logue, David Mazouz, Sean Pertwee, Robin Lord Taylor, Camren Bicondova, Cory Michael Smith, Cameron Monaghan, Chris Chalk, Jessica Lucas, Morena Baccarin, Drew Powell, Benedict Samuel, Maggie Geha...

Difficile d'affirmer que DC a le vent en poupe ces derniers temps.

Entre le fiasco Suicide Squad, les productions al√©atoires (le passable Man of Steel, le controvers√© Batman v Superman, le mitig√© Justice League) et les s√©ries clairement orient√©es ados que sont Arrow, The Flash et Supergirl, rien de r√©ellement r√©jouissant sur les √©crans c√īt√© DC !

Seul Wonder Woman a connu une r√©ception plut√īt √©logieuse - 92% d'avis positifs pour 309 critiques sur Rotten Tomatoes. Et encore, cela tient sans doute davantage au fait qu'il s'agit du premier film potable √† mettre en sc√®ne une super-h√©ro√Įne, loin devant les catastrophiques Catwoman ou Elektra, qu'au long-m√©trage en lui-m√™me.

Et puis il y a un cas l√©g√®rement √©pineux : celui de Gotham. Encens√©e ou d√©test√©e, la s√©rie centr√©e sur les origines de Batman et la carri√®re naissante du Commissaire Gordon d√©chire les fans de comics depuis 4 saisons - bient√īt cinq, qui fera d'ailleurs office de d√©nouement.

Alors Gotham, au réel, c'est si mauvais/génial que cela ? En réalité, la série passe du passablement correct au très bon selon les saisons. Passons en détails les 3 premières saisons de cette série controversée, pourtant l'une des rares idées intéressantes proposées par DC depuis des années.

La premi√®re saison de Gotham ressemble √† n'importe quelle s√©rie polici√®re, si ce n'est qu'elle pr√©sente la particularit√© d'√©voluer dans l'univers de Batman. On suit un flic int√®gre (Jim Gordon) flanqu√© d'un sidekick au grand cŇďur (Harvey Bullock) qui enqu√™te dans les quartiers malfam√©s d'une grande ville. La plupart des √©pisodes connaissent une trame unique, ce qui permet au plus grand nombre de les regarder sans une assiduit√© exemplaire. On nous pr√©sente une mafia locale bien orchestr√©e sous les ordres de Carmine Falcone, Salvatore Maroni ou Fish Mooney ; quelques moments d√©crivent l'adolescence du jeune Bruce Wayne accompagn√© de son sempiternel majordome, ici dans la fleur de l'√Ęge, Alfred ; d'autres personnages majeurs du monde DC apparaissent tels que Selina Kyle/Catwoman, Lucius Fox, Oswald Cobblepot/le pingouin, Edward Nygma/L'Homme Myst√®re ; √©videment, le petit Jim est d√©chir√© entre deux femmes la blonde instable Barbara et la brune sage Lee.

Tout cela est bien sympathique mais fortement bateau. Si l'on exclut les personnalit√©s hautes en couleur de Fish Mooney et du Pingouin, il n'y a pas grand chose de singulier dans cette premi√®re saison. L'histoire du Pingouin, magnifiquement interpr√©t√© par Robin Lord Taylor, est et restera l'un des points forts de Gotham. Son parcours est captivant √† suivre, de porteur de parapluie pitoyable √† homme d'affaires implacable, de m√™me que ses sentiments excessifs : son adoration pour sa m√®re, sa relation ambigu√ę avec Edward Nygma, ses rapports √©tranges avec Fish Mooney ou Gordon... Oswald a besoin d'√™tre aim√© et soutenu, ce qui le rend √©trangement vuln√©rable.

Sans doute les scénaristes ont-ils compris, en cours de route, que la fibre policière n'était pas un élément vraiment intéressant à exploiter dans une série baptisée Gotham et qu'ils avaient sous les yeux une base autrement plus captivante : les méchants.

Gotham, berceau de la lie de l'humanité, compte en effet en son sein une flopée d'antagonistes plus complexes et tordus les uns que les autres. Dès la saison 2, l'intrigue se focalise donc davantage sur ses méchants que ses gentils - un choix qui donnera à la série tout son potentiel.

Les saisons 2 et 3 corrigent donc de nombreux défauts de leur prédécesseur. Elles sont donc plus sombres, plus profondes et plus violentes, en questionnant constamment le spectateur sur son rapport à la justice.

Pour commencer, Bruce Wayne et Alfred, jusque là simples éléments récurrents, tiennent vraiment une place centrale aux épisodes : leur relation père-fils/mentor-élève est très intéressante, leur attachement est visible. Bruce n'est pour l'heure qu'un ado qui n'a quasiment aucun moyen d'agir et compte bien remédier à cela : son évolution est réaliste et évite les nombreux problèmes propres au genre - défauts que Smallville avait cumulé au cours de ses 10 saisons. Le jeune Batman reste ainsi relativement bien gérer et ses interactions avec le potentiel Joker, la future Catwoman ou Gordon sont globalement intéressants.

Alfred, en pleine fleur de l'√Ęge, est √©galement un choix int√©ressant : il est paternel, s√©v√®re, distingu√©, profond√©ment bienveillant, vers√© dans l'art du combat... Bref, le majordome parfait auquel on ne peut que s'attacher !

Les autres personnages connaissent une évolution originale et bien trouvée - dans l'ensemble. Les changements esquissés dans le dénouement de la première saison se concrétisent ici.

Gordon abandonne progressivement son r√īle de boy-scout id√©aliste, est r√©guli√®rement tortur√©, voit son int√©grit√© trahie √† plusieurs reprises, prend des d√©cisions qui vont √† l'encontre de sa nature... Il est souvent confront√© √† des probl√®mes extr√™mes et prend conscience qu'il ne pourra jamais √™tre aussi droit qu'il le souhaiterait dans une ville corrompue : le combat du bien contre le mal est ici loin d'√™tre manich√©en. Ses relations amoureuses p√Ętissent √©galement grandement de l'influence n√©faste de la cit√© et il perd une √† une toutes ses conqu√™tes : pour l'heure, l'avenir de Gorden semble loin d'√™tre radieux.

Les anciens "gentils" voient également leur personnalité bienveillante volée en éclat : Barbara Kean passe de petite-amie candide à véritable femme d'affaires à forte tendance psychopathe qui noue de plus une relation libre avec Tabitha, une tueuse sanguinaire qui s'est elle-même émancipée d'un frère toxique ; Ed Nygma, quoi qu'ayant toujours été étrange et perturbé, devient peu à peu un tueur aux énigmes particulièrement tordues, obnubilé par la notoriété, qui après la perte de plusieurs relations de couple se ferme complètement à toute possibilité amoureuse ; le capitaine Nathaniel Barnes voit un virus transformer sa soif de justice en folie destructrice...

On assiste également à l'apparition d'antagonistes cultes : la Cour des hiboux, Hugo Strange, Mister Freeze, Azrael, Firelfy, Le Chapelier fou, Ra's Al Ghul, Poison Ivy... De même que le Joker, que nous font miroiter les scénaristes depuis la toute première saison sans jamais expliciter clairement son identité.

Dans Once Upon a Time, durant les premières saisons, chaque personnage pouvait être un héros de contes célèbre ; dans Gotham, c'est exactement la même chose : chaque nouveau venu, chaque protagoniste récurrent, peut potentiellement être un super vilain ! Il y a quelque chose de jouissif à chercher qui est qui, à faire des pronostics, à élaborer des théories alambiquées. Et rien de tout cela ne se rapporte au fan-service puisque chaque personnage a une utilité, même brève, afin de faire progresser l'intrigue.

La plupart se r√©v√®lent donc int√©ressants √† suivre. A titre personnel, je suis immens√©ment fan de la jeune Selina Kyle, ind√©pendante et rentre-dedans ; de Nygma que je trouve aussi complexe qu'attachant - voir parfaitement hilarant lorsqu'il rentre dans ses d√©lires ; ou de Barbara Kean, qui a connu une √©volution les plus spectaculaires de la saga : de fianc√©e aimante √† psychopathe parano, elle a √©t√© intern√©e en asile o√Ļ elle a rejoint les Maniax (une bande de criminels tout droit sortie d'Arkham) avant de devenir une mafieuse glamour aussi crainte que respect√©e. Et l'actrice galloise qui la campe, Erin Richards (vue dans Merlin, Being Human et Misfits), est juste parfaite !

Globalement, la s√©rie a un budget suffisant pour poss√©der une ambiance qui lui est propre : Arkham est tout √† fait cr√©dible, les manoirs Wayne et Cobblepot sont magnifiques, le cirque tordu cr√©√© par J√©r√īme Valeska est gla√ßant (et un bel hommage √† The Killing Joke au passage), les couleurs et l'esth√©tique sont travaill√©es de m√™me que la BO sign√©e Graeme Revell et David E.Russo. Cette vision de la cit√© du Chevalier Noir alterne entre celle ultra r√©aliste de Christopher Nolan et celle, plus burlesque, de Tim Burton.

Gotham est visiblement le travail de passionnés : des fans qui certes ont tendance à s'emporter face à la mythologie immense à laquelle ils ont à faire mais ne manquent ni d'ambition, ni de moyens. Ils savent surprendre les spectateurs, y compris les inconditionnels de DC car ils créent des histoires différentes de celles qui sont bien connues, et ce avec les mêmes personnages - le propre des comics donc.

La série gère parfaitement le passage des moments épiques aux scènes tragiques, de même que les instants comiques qui allègent considérablement une intrigue profondément dramatique.

Indiscutablement, elle doit beaucoup √† son casting, qui est juste parfait : Robin Lord Taylor et Cory Michael Smith proposent sans conteste les meilleures versions du Pingouin et de l'Homme-Myst√®re, complexes et charismatiques √† souhait ; Camren Bicondova a tout d'une mini Michelle Pfeiffer, agile et f√©line ; Cameron Monaghan, loin de son interpr√©tation dans Shameless, est g√©nialement effrayant lorsqu'il campe J√©r√īme Valeska ; Alexander Siddig fait une apparition remarqu√©e dans le r√īle de Ra's Al Ghul et, sans surprise, il est toujours aussi g√©nial ; Erin Richards, comme affirm√©e plus haut, est simplement formidable ; David Mazouz interpr√®te avec justesse un Bruce Wayne endeuill√©, particuli√®rement cr√©dible dans les moments d'√©motion ; Sean Pertwee conf√®re √† Alfred Pennyworth tout le flegme britannique n√©cessaire ; Ben McKenzie, alias Jim Gordon, finit par √™tre totalement convaincant au fil des saisons.

J'ai également une tendresse toute particulière pour Maggie Geha, candide et pétillante, qui est la 2ème actrice à incarner Poison Ivy et interprète parfaitement la pré-adolescente capricieuse coincée dans le corps d'une bombe plantureuse.

Alors oui, √©videment, certains points sont d√©cevants : les intrigues de Bruce Wayne et de Jim Gordon forment deux histoires tr√®s distinctes qui peinent √† former un tout ; Renee Montoya et Alvarez sont mal exploit√©s voir carr√©ment oubli√©s (ce qui s'explique justement par le fait que les sc√©naristes d√©laissent les personnages bons au profit des antagonistes mais reste dommage) ; Bullock ne parvient jamais √† s'affranchir de son statut de comic-relief ; Lee se montre insupportable durant l'ensemble de la saison 3 ; Fish Mooney et Harvey Dent disparaissent tout simplement sans conna√ģtre une fin digne de ce nom ; il y a √©galement de nombreux changements susceptibles de faire grincer des dents aux fan-boys les plus ardus...

Mais Gotham reste très agréable à suivre et découvrir, avec des personnages forts, une intrigue bourrée de rebondissements et de suspense parfaitement exécutée. Divertissante et cool.