• Chloé

Bonne résolution livresque n°7 : Arrêter de snober la littérature Young Adult

Bonne résolution livresque n°7 : Arrêter de snober la littérature Young Adult !

Si je vous dis « Young Adult » et que vous êtes un lecteur assidu, vous risquez fort de faire la grimace et de vous remémorer les longues files d’attente pour le dernier Twilight, l’ersatz d’Hunger Games qu’est Divergente ou encore le raz-de-marée guimauve Nos étoiles contraires. Mais trêve de préjugés je vous prie ! Déjà parce que le Young Adult fait marcher le commerce, alors inutile de le lyncher sur la place publique. Ensuite parce qu’il permet à des milliers de jeunes de lire, ce qui est tout de même un argument majeur. Enfin car toute catégorie de livres recèle ses trésors – même si j’avoue chercher encore pour le mommy porn... Aujourd’hui, 3 chefs-d’œuvre issus de ce genre mal aimé et/ou mal compris.

Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers

de Benjamin Alire Saenz

Chronique de vie / 17€90 / Pocket Jeunesse

Le pitch vite fait bien fait :

Deux jeunes garçons se rencontrent et nouent une amitié fusionnelle. Telles les facettes d’une même pièce, ils sont complémentaires et cherchent ensemble à résoudre les petits et grands secrets du quotidien.

C’est pour vous si : ☑ vous adorez les chroniques de vie qui font cogiter ☑ vous aimez les histoires d’amour avec un grand A mais sans niaiserie aucune ☑ vous n’avez rien contre les textes écrits à la première personne dans un langage courant, voir familier

❤ Pourquoi ?

Lorsqu'il me faut citer un livre qui évoque les années lycée et ses aléas à la perfection, sans mélo ni complaisance, un titre me vient invariablement à l'esprit : Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers ! Bercée par une atmosphère singulière, l'intrigue fait la part belle à ses personnages, Ari et Dante. Comme souvent à 15 ans, ils sont peu épanouis et peinent à trouver leur place dans cet univers dont ils cherchent à percer les mystères : se comprendre soi (peur, doute, tristesse, désirs, colère, ambitions) mais aussi les autres, ses amis comme sa famille… Sous la plume de Benjamin Alire Saenz se dessine le portrait d’ados d'une grande justesse, entier et touchant. Aristote et Dante parle à tous, qu'importe votre âge, votre sexe ou votre orientation sexuelle : il se détache ainsi de son étiquette « roman jeunesse » pour acquérir celle de chef d’œuvre. Une merveille.


💡 Et sinon ? Petites suggestions à la page :

  • Eleanor & Park de Rainbow Rowell

  • Moi et toi de Niccolò Ammaniti

  • Quand nous étions morts de Francesc Miralles

Saga Apocalypsis

d’Eli Esseriam

Dark fantasy / 5 tomes à 14€90 / Matagot

Le pitch vite fait bien fait :

Alice, Maximilian, Edo et Elias sont des adolescents aux personnalités complexes, solitaires et malmenés par la vie… Ils ne se connaissent pas, ne se sont même jamais entraperçus et pourtant, un terrifiant secret les lie : nos quatre (anti)héros sont en réalité les Cavaliers de l’Apocalypse, destinés à anéantir notre monde.

C’est pour vous si : ☑ vous aimez les intrigues sombres et pessimistes ☑ vous vibrez pour les thrillers fantastiques haletants, au suspens presque insoutenable ☑ vous n’avez aucun tabou religieux

❤ Pourquoi ?

Dire qu'Eli Essariam a chamboulé ma vision des livres fantastiques ados n'est pas peu dire... Personnages sombres, scènes violentes, ambiance malsaine, le tout sur fond de terreur biblique ! L'auteur flirte souvent avec l'horreur sans pour autant sombrer dans la facilité du gore. Sa saga, effroyable thriller auréolé de dark fantasy, implacable de bout en bout, intense et tragique, est remarquablement menée et écrite. A chaque dénouement, le lecteur se demande de quelle façon Essariam pourra surpasser ou ne serait-ce qu'égaler le tome précédent... Elle y parvient pourtant, du moins jusqu'au livre consacré au Cavalier Pâle, Elias, qui a surpris bon nombre de lecteurs dans sa forme. Mais alors comment conclure une saga telle qu'Apocalypsis ? La réponse est simple : on ne peut pas. C'est une (petite) déception mais inévitable. Le dernier tome, anecdotique, semble bien insignifiant et peine à soutenir la comparaison avec ses prédécesseurs. Qu'importe : les 4 premiers tomes, eux, atteignent des sommets d'excellence et en justifient amplement la lecture. La saga Apocalypsis mérite d'être lue, reconnue, appréciée à sa juste valeur : elle est un OVNI dans le paysage littéraire français et un incontournable dans ma vie de lectrice. Redoutablement addictive.


💡 Et sinon ? Petites suggestions à la page :

  • Trilogie Khaleb de Myra Eljundir

  • Saga Miss Pérégrine et les enfants particuliers de Ransom Riggs

  • Saga Les magiciens de Lev Grossman

Max

de Sarah Cohen-Scali

Historique / 8€15 / Gallimard Jeunesse

Le pitch vite fait bien fait :

1936, Himmler lance le programme Lebensborn : des femmes dévouées au régime nazi mettent au monde les Allemands du futur, parfaits prototypes de la race aryenne. Parmi eux, il y a Max…

C’est pour vous si : ☑ vous vous intéressez de près ou de loin à la 2nde Guerre Mondiale ☑ vous aimez les romans narrés de façon singulière et brillante ☑ vous n’avez aucun problème avec les personnages moralement ambigus

❤ Pourquoi ?

Des romans sur la 2nde Guerre Mondiale, j'en ai lu. Beaucoup. Jusqu'à l'overdose. Sur des résistants, des déportés, des soldats... Et si beaucoup m'ont marqués, un c'est tout particulièrement détaché du lot. Ce roman, c'est Max. Tout comme la saga Apocalypsis ou Aristote et Dante, il ne saurait être cantonné à une tranche d’âge et, comme eux, il se caractérise par l'incroyable plume de son auteur, la complexité de ses personnages, le génie de sa trame. Max est un ouvrage violent, viscéral, oppressant, dérangeant qui revient sur une face relativement méconnue de la grande guerre. Mais c'est surtout la forme qui lui donne toute sa singularité et toute sa force : le narrateur est Max lui-même, dont on suit les pensées avant même sa naissance, fétus gangréné par l’idéologie nazie ! Pourtant, malgré sa dévotion envers le IIIème Reich, les convictions de notre apprenti arien vacille au contact de Lukas, un jeune polonais enlevé par les SS. La relation entre les deux garçons est au cœur de l'intrigue : Lukas, bien qu’il soit l’opposé idéologique de Max, n’est pas exempt ni de brutalité ni de défaut. L'instinct de survie chevillé au corps, il est aussi impitoyable et déterminé que son singulier ami. Fiction solidement documentée et déroutante, Max est simplement… inoubliable.


💡 Et sinon ? Petites suggestions à la page :

  • La voleuse de livres de Markus Zusak

  • L’ami retrouvé de Fred Uhlman

  • La vague de Todd Strasser